Histoire de lettres – Nouvelle / Drame sentimental – Inédit

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– Nous allons terminer par une oeuvre de Jan Vermeer, intitulée “Jeune fille à sa fenêtre lisant une lettre” datée vers 1658 qui se trouve aujourd’hui à Dresde, en Allemagne.

Professeur agrégé en histoire de l’art, Jean Doulcet, petit bonhomme assez maigrichon à l’air sévère, était le maître absolu en la matière depuis près de trente cinq ans à la faculté d’Orléans.
Sa dernière intervention avant les vacances d’été était aussi celle de sa carrière. Il avait l’âge de la retraite. Cela ne le gênait pas car il avait créé, en parallèle à ses cours, une association cinq ans auparavant dont les membres étaient pour la plupart des auditeurs libres, souvent seniors.

Il poursuivit dans la pénombre, seule la lumière du grand écran sur lequel était projeté le tableau éclairait ses notes dont l’état évoquait plusieurs années de manipulation et de recherches additionnelles.

– Ce tableau est le témoignage parfait de l’esprit du XVIIème siècle, à savoir la représentation de scènes d’intérieur, appelée “scènes de genre”. Une hiérarchie des thèmes permettait de classer l’œuvre selon l’intérêt de lecture. Le religieux, l’épopée militaire, les portraits royaux étaient en tête. Le dernier de la liste étant la nature morte. Cependant grâce au commerce une nouvelle classe apparaissait, la bourgeoisie dont les moyens étaient colossaux. Elle participera à l’accélération artistique de l’école hollandaise car les commandes affluaient auprès d’artistes comme Jan Steen, De Hooch et bien sûr Vermeer. Tous étaient peintres de genre.

Jean Doulcet aimait beaucoup ce type de peinture et la comparait aux émissions de télé-réalité car l’intimité était mise à nue. Jan Steen en 1663 montrait dans “La toilette du matin” une jeune femme dont la robe était remontée jusqu’aux genoux, assise sur son lit défait aux draps froissés, la poitrine gonflée dans son corset attestant un émoi récent. Pour chaque oeuvre le détail prenait de l’importance, lettre, instrument de musique, fruits, chien, lustre, tentures et pour Vermeer carte des Provinces Unies signifiant que l’Espagne en avait reconnu l’indépendance en 1648, après de nombreuses luttes meurtrières. A l’intérieur de ce territoire des colonies faisaient leur apparition, le Brésil, la Nouvelle Zélande, la Nouvelle Guinée. Pour s’y rendre, la mer, ainsi la Hollande devenait une thalassocratie (grande puissance des mers comme Venise au XVIème). Le commerce enrichissait la bourgeoisie devant aussi composer avec l’aristocratie militaire qui avait permis cette fabuleuse victoire.

– Voyez-vous, reprit-il, c’est à ce moment précis que l’on pût dater l’âge d’Or de la peinture hollandaise, celle de genre, détrônant les vénitiens du XVIème siècle dont les œuvres étaient de pures merveilles comme celles de Véronèse “Le repas chez Levi”, Le Tintoret “Miracle de Saint Marc”, Giorgione et sa “Tempête”. Quant à Canaletto il fera partie du XVIIIème.
Il est intéressant de voir que les artistes dépendaient de la richesse des villes et cités, l’âge d’or de chaque période artistique en témoigne. Au moyen-âge Sienne avec Simone Martini peignant une “Vierge en Majesté”, Florence avant la peste de 1348 et le grand maître Giotto dont les fresques intactes sont visibles à Padoue, la Flandre et son précieux Van Eyck qui inventa la peinture à l’huile et présenta la première scène d’intérieure avec “Les époux Arnolfini” peinte en 1434. Toute cette période se terminera en 1492, après mille ans de moyen-âge et la découverte de l’Amérique. Ensuite viendront les célèbres Léonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange.

Camille est comme toujours au deuxième rang. Etudiante soucieuse de bien faire, elle n’est pas en formation initiale mais en reconversion. Elle s’applique à prendre le plus de notes possibles aidée d’un dictaphone qui ne cesse d’enregistrer ce qui permet de combler les trous si le cours magistral est trop rapide.

De contact très facile, plutôt souriante, au regard intense lorsqu’on lui parle, créant ainsi une proximité avec son interlocuteur, à quarante cinq ans elle plait aux jeunes de sa promo. Toujours prête à aider un autre étudiant car elle travaille dix fois plus que les autres, c’était avec bonheur qu’elle se rendait à la fac de lettres. Chaque jour elle apporte son tupperware, dont l’ancêtre est la gamelle des ouvriers des années cinquante, pour déjeuner sur place. Lors du café les discussions sont enflammées et les rires l’enveloppent apportant un bien-être telle une séance d’algues dans un spa.

– Avant de décrypter l’œuvre de Jan Vermeer, revenons aux besoins qu’avaient les bourgeois de commander des scènes d’intérieur. L’individu devait être valorisé dans son quotidien, c’était le jeu du miroir. Aujourd’hui ce sont les selfies. Ainsi l’artiste en peignant l’objet le plus banal, une chaise, une table remplie de victuailles, un rideau lourd et épais, un chien mal éduqué rognant des restes, y apportait une vraie valeur. La peinture crée des instantanées de la vie de tous les jours. De plus la Hollande est un pays calviniste où les images dans les lieux de culte ne s’exposent pas. Le protestantisme supprime tout cela ainsi que tous les objets précieux. La peinture de genre est née et l’artiste en devient le témoin social.

Jan Vermeer, né à Delft en 1632 y mourut à l’âge de 43 ans. Contemporain de J. Steen originaire de Leyde (1626-1679), il était le maître incontesté de la lumière, celle qui donne vie à l’instant et qui le transcende. Il fut redécouvert au XIXème siècle comme Rubens. Marcel Proust l’utilisera dans “A la recherche du temps perdu” ce qui excitera les curiosités. Le roman de Stracy Chevalier en fera un incontournable avec “La jeune fille à la perle” mentionnant avec précision l’art de se servir d’une boîte noire créant un instantané de cadrage de ce qu’il voulait reproduire. Bien entendu, la publicité de la “Laitière” reprenant une de ses oeuvres le rendit populaire auprès des néophytes.

Père de onze enfants, président de la Guilde (Corporation) de Saint Luc de Delft, Vermeer a peint peu et mal vendu ses œuvres. Des historiens de l’art diront qu’il avait le pinceau magique pouvant en une seule touche réveiller une princesse endormie, créer un scintillement pour l’éclat d’un cristal, rendre le modelé soyeux d’une étoffe au point de vouloir le toucher.

Jean Doulcet était exalté, mettant, ôtant ses lunettes nerveusement car l’analyse du tableau projeté en cinérama, assez petit en vérité (83 x 64,5 cm), allait commencer. Il savait que tout l’amphithéâtre attendait ce moment avec impatience et qu’au final il serait applaudi tel un pensionnaire de la Comédie Française. Il enchaîna en respirant profondément.

– Passons maintenant à la description de “Jeune fille à sa fenêtre lisant une lettre”. Le tableau est une huile sur toile, de forme rectangulaire dont la composition est divisée en 3 tiers horizontaux. L’équilibre se fait grâce à la jeune fille debout entre le rideau et la fenêtre. Si on trace deux diagonales sa tête se trouve au centre. Nous entrons à l’intérieur de l’intimité d’une demeure bourgeoise, cela ne fait aucun doute, les étoffes sont de belle qualité, on voit des broderies en bas du rideau au premier plan lequel est accroché par des anneaux à une tringle qui n’est pas installée au sommet de la pièce. Le spectateur endosse un rôle de voyeur créé par cette tenture qu’il serait possible de fermer. Autrefois et selon la tradition les propriétaires cachaient certains tableaux derrière un rideau pour les mettre à l’abri des regards indiscrets et il fallait y être invité pour les voir. La plus célèbre oeuvre qui fut ainsi camouflée était “L’origine du monde” de G. Courbet, aujourd’hui exposé au musée d’Orsay.

La fenêtre à imposte haute est composée d’un vantaux vitrail lequel est ouvert. On remarque que le rideau est posé à cheval sur celui-ci. Ainsi, la lumière entrante illumine le visage de la liseuse (telle une madone), l’encolure de sa robe et la lettre qu’elle tient entre ses mains. Le mur du fond est également éclairé et l’ombre de la fenêtre s’y reflète. Au premier plan, une sorte de jatte abondamment remplie de fruits, signe de richesse, repose sur un tapis de table épais dont le motif témoigne que son tissage est serré et des plus raffinés.

Le maître continuait, chaque détail était passé au peigne fin, puis arriva la lettre.

Camille n’écrivait plus, seul son dictaphone poursuivait son enregistrement car le mot “lettre” l’avait replongée dans son histoire personnelle. Sa main se crispait au point de sentir une violente douleur qu’elle s’efforçait à contenir pour ne pas crier.

– Ah, la lettre ! Nous voilà au cœur du sujet décidé par Jan Vermeer. Jean Doulcet prolongea le suspense en s’arrêtant afin de boire une gorgée d’eau et de prendre une pastille pour la gorge. Petit rituel réglé comme du papier à musique.

Elle est attirante cette lettre, n’est-ce pas ? Qu’y- a-t-il d’écrit ? Missive douce ou amère ? Union ou rupture ? Ici réunis, nous sommes tous des voyeurs en puissance. Pourtant la scène est intime, on ne devrait pas y être, c’est très “perso” comme disent les ados à leurs parents.

Cesare Ripa (1560-1623), amateur d’art et grand érudit italien du XVIème siècle pourrait nous livrer la signification iconographique de la lettre selon son recueil, seul et unique, dans lequel il consigna, tel un dictionnaire, tout ce qui avait un rapport avec l’utilisation de symboles mythologiques, religieux ou non, animaux, fruits, sabliers, partitions, crânes, livres etc.

Enfin, Camille sentit que sa main commençait à reprendre de la mobilité. Si elle avait pu avoir le livre de Cesare Ripa, se dit-elle, peut-être n’aurait-elle pas écrit cette lettre il y a quinze ans qui la mena à une rupture irréversible.

On pouvait entendre une mouche volée quand le maître reprit son souffle, tout en observant son public afin de s’assurer que l’attention était toujours présente.

– Concernant cette lettre, la première signification est que la bourgeoisie savait lire. Au moyen-âge les seuls vrais lettrés étaient les moines et certains seigneurs s’entouraient de l’église pour remédier à leur ignorance en la matière. Ici, la jeune fille n’a pas l’air effrayé, ce qui est bon signe. Jan Steen interpréta également le thème de la lettre mais avec la visite du médecin car l’amour rend souffrant. Cette lettre-ci est assez longue, ce qui se voit parfaitement dans l’œuvre de Vermeer car la liseuse la déroule comme un parchemin.

Pour terminer dit-il, je dois vous faire une confidence, cette lettre est assez banale, pas de pleurs, la personne ne s’assied pas sur la chaise dont le cloutage est parfaitement distinct, son visage serein laisse penser à de bonnes nouvelles. Aussi, chaque spectateur peut l’interpréter selon son imagination. Je n’opterais pas pour une lettre d’amour mais plutôt pour une missive venant de son père ou peut être de son frère. L’artiste a décidé de nous en laisser le choix.

Celle de Camille n’avait apporté aucune sérénité à son auteure ni à son destinataire.

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C’était presque l’hiver, quinze années plus tôt.

– Bonsoir ma chérie. Le petit est déjà couché ?

– Oui. Il n’en pouvait plus, ses dents n’arrêtent pas de percer et après une journée de pleurs et de rires il est épuisé.
J’ai fait un pot-au-feu pour ce soir car il fait froid et humide.

Maxens arrivait assez tard et au mois de novembre il quittait la maison alors que le jour n’était pas encore levé. Médecin généraliste, ils avaient ensemble décidé de vivre à la campagne, celle qui fait rêver en été et peut être moins dès l’automne.

Camille avait arrêté son activité d’aide comptable à Orléans pour mieux s’occuper de Pascal et de sa maison. Pour ne pas être totalement coupée du monde, elle aidait les enfants scolarisés en primaire à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Tout allait pour le mieux des mondes, selon Maxens.

Chaque année depuis cinq ans qu’ils habitaient à Châteauneuf s/Loire, petite commune d’environ 7 à 8000 habitants située à 32 kilomètres d’Orléans, la famille de Maxens venait pour les fêtes carillonnées. Camille ne voyait pas souvent la sienne car les relations étaient plutôt compliquées et préférait leur rendre visite à Paris.

C’était une famille nombreuse de sept enfants, mal équilibrée car composée de six garçons et d’une fille qui ne manquait pas d’affirmer sa supériorité face à tous ces hommes. Petite princesse dès son plus jeune âge elle ne cessera de l’être, encensée par son père et ses deux plus jeunes frères. Sorte de petite peste éduquée, elle aimait décider pour le reste de la famille, ce que les autres acceptaient volontiers.

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– Chers étudiants, chers auditeurs, merci.

Un tonnerre d’applaudissement monta tel un grondement. Les élèves tapaient du pied pour signifier leur attachement au professeur agrégé. Une standing ovation suivit. Des larmes coulaient sur les joues des filles et des seniors.

Ne perdant pas le nord, Jean Doulcet avait préparé des feuillets pour l’inscription à son association. On se ruait pour en attraper un. L’affaire avait été menée de main de maître.

– Professeur Doulcet, avez-vous une idée pour les partielles, osa une étudiante assez jolie aux yeux pétillants ?

– Comment pourrais-je le savoir, et même si c’était le cas pensez-vous que je vous le dirais ?

– Elle réduisit l’éclat de ses yeux et le regarda d’un air angélique, semblable aux belles madones de Simone Martini et prononça un timide “non bien sûre”.

Ensuite il fut assailli par les auditeurs seniors.

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Camille était une parfaite maîtresse de maison et ses talents de cuisinière ravissaient famille et amis. Pour les anniversaires de son mari, elle n’hésitait pas à inviter une vingtaine de copains, jusqu’au jour où ils décidèrent ensemble de ne pas fêter ses quarante ans pour raisons financières. Une longue discussion suivit et la soirée fut des plus agréables, devant la télévision. Le couple grandissait sur un terrain solide arrosé chaque jour par leur amour.

La fratrie de Maxens avait une particularité car elle comptait six belles-filles. Les garçons me sont dévoués aimait à dire la mère sous-entendant que leur femme n’était pas toujours à la hauteur de ce qu’elle espérait. Les couples vivaient pour la plupart aux quatre points cardinaux de l’hexagone sauf Béatrice qui était restée à Orléans près des parents. Ainsi pouvait-elle mener la danse.

Pas très grande, la chevelure pauvre, elle affichait un visage sévère, non avenant mais paradoxalement son attitude ressemblait à celle d’une petite fille dont le rire exagéré faussait l’ensemble. Proche de son père, cette trentenaire aimait lui tenir la main à table, montrant qu’elle était toujours restée sa petite princesse.

Lors de repas de fêtes, Camille qui était la dernière arrivée, évitait tout regard vers sa direction de peur qu’elle ne lui fasse une remarque frôlant l’impertinence. Grande prêtresse en tout et n’importe quoi seul son avis faisait foi. Des anges passaient parfois. Puis les discussions reprenaient et tournaient autour d’elle.

Lorsqu’elle apprit que son frère n’allait pas fêter ses quarante ans, elle kidnappa cette information. Puis deux semaines plus tard téléphona. Maxens décrocha.

– Allô. Ah c’est toi, bonsoir petite sœur, tu vas bien ?

– Oui. Bon les enfants sont très fatigants en ce moment, je n’en peux plus et Ludo rentre trop tard pour m’aider. Yann a fêté ses cinq ans la semaine dernière et il voulait absolument que sa classe de maternelle vienne à la maison. Vingt petits mômes d’un coup c’est vraiment trop. La prochaine fois je dirai non, mais tu me connais je ne sais pas refuser. Et toi, ton petit Pascal a percé ses dents ?

– Ca y est, c’est fait. Fini les joues rouge sang. Camille est en train de le coucher car j’avais dit de m’attendre pour le voir.

– Ecoute, je t’appelle concernant tes quarante ans. Je sais que tu as dit à maman que tu ne voulais pas faire de fête cette année. Et bien Maxens je te l’offre ton anniversaire. J’ai préparé la liste des amis à inviter et ce sera chez moi. Qu’en penses-tu ?

– Ton idée est très généreuse, Béa, mais je ne sais pas si c’est possible. Je dois voir cela avec Camille. Je te rappellerai demain.

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L’Amphithéâtre s’était désempli et lorsque Jean Doulcet regarda une dernière fois les rangées vides ses yeux se posèrent sur Camille qui n’avait pas bougé de son deuxième rang.

– Vous ne voulez pas partir, interrogea-t-il d’un ton surpris en abandonnant son air sévère ?

– Professeur, avez-vous quelques instant à m’accorder ?

– Bien sûre Madame Mirandy. Que se passe-t-il, vous avez l’air très affecté. Ne vous inquiétez pas, vous réussirez vos partielles, vous avez beaucoup travaillé et il y a un proverbe que je cite souvent “plus je travaille et plus je réussis”. Restez où vous êtes, je vous rejoins et nous pourrons discuter tranquillement.

Camille admirait profondément son professeur car il représentait le savoir qu’elle n’avait pas eu plus jeune, devant travailler assez tôt. Elle aimait utiliser une expression qu’elle avait entendue dans la bouche de Robert Hossein, disant “je suis née pauvre avec une cervelle de riche, c’est mieux que le contraire”. Bien qu’intimidée elle se lança.

– Voyez-vous le tableau m’a ramenée à quinze ans en arrière.

– Vous avez peint vous-même ?

– Non pas du tout, je veux parler de la lettre.

– Vous écrivez ?

– Et bien voilà, moi aussi j’ai écrit une lettre.

A cet instant un gardien entra bruyamment en demandant d’une voix trop forte pour un espace vide s’il y avait encore quelqu’un. Il était chargé de fermer à clé et pria les deux retardataires de sortir. Elle dit au revoir à son professeur lequel lui proposa de la rencontrer d’ici quelques semaines en privé afin de poursuivre leur conversation et une date fut décidée.

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Une fois le petit Pascal couché, Camille rejoignit son mari qui venait de raccrocher.

– C’était ma sœur, dit-il d’un ton gêné.

– Elle va bien ? Que voulait-elle ?

– Ca va, elle prenait des nouvelles. Il raconta l’histoire des petits à l’anniversaire sans dire un mot sur la proposition quelque peu embarrassante. Camille dont l’intuition féminine est une deuxième nature, perçut le malaise de son mari. Elle décida d’attendre le moment venu pour revenir sur ce coup de téléphone.

Le dîner était prêt. Bien que les effluves d’un plat mijoté au thym embaumaient la cuisine, l’appétit de Maxens ne venait pas. Elle ne dit mot.

– Ah, j’ai oublié, Béa nous invite chez elle avec tous nos copains pour mon anniversaire. Ce sera son cadeau m’a-t-elle dit.

– C’est parfait. Et ne dit rien de plus. Avala encore une bouchée à contre cœur puis prétexta qu’elle était fatiguée pour aller se coucher.

Maxens était soulagé, c’était dit !

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Quelques semaines après les partielles, Camille était au rendez-vous et attendait son professeur avec impatience, le cœur serré. Il fallait absolument qu’elle lui parle de la lettre. Depuis le dernier cours d’histoire de l’art elle ne pensait qu’à ce qu’elle avait fait il y a quinze ans. Pourquoi avait-elle envie de lui révéler une histoire si intime ? Lui saurait parler de cette pulsion qu’elle avait eue car toutes les recherches qu’il avait faites autour de ce thème avaient certainement abouti à une analyse psychologique qui lui conviendrait. Elle avait un besoin vital qu’on la rassure sur ses agissements.

– Bonjour Madame Mirandy. Félicitations pour les partielles. Vous avez excellé.

– Bonjour Monsieur Doulcet.

– Qu’allez-vous faire maintenant, voilà les vacances.

– J’ai décidé de faire une escapade à Florence et visiter la galerie des Offices pour y admirer les joyaux qu’elle possède. Léonard de Vinci, Michel-Ange, Botticelli et d’autres. Je serai loin de l’école flamande mais toujours au centre des plus belles histoire de peintures. En parlant d’histoire, j’aimerais vous raconter la mienne.

– Je suis flatté de la confiance dont vous me témoignez. Je sais écouter. En revanche, s’il le faut, je serai un piètre conseiller.

– Comme je vous l’ai dit il y a quinze année de cela, j’étais une jeune mariée de trente ans et nous avons eu un petit garçon qui s’appelle Pascal. Le papa était à cette époque là un homme extraordinaire, aimant, attentif, heureux d’avoir fondé une famille.

– Je suis enchanté d’apprendre tout cela, Madame Mirandy.

– Il est issu d’une fratrie de six garçon et une fille. Nous nous réunissions pour fêter les anniversaires, Noël, Pâques. Ses parents étaient agréables et la seule fille de la famille était une sorte de reine-mère avant l’âge, gérant, dictant, décidant pour tous.

Bien que restant en retrait le plus possible il y eut une date maudite qui n’aurait pas dû l’être laquelle déclencha un cataclysme.

– Vous savez il y a toujours des disgrâces et des déceptions dans les familles.

– Je comprends bien, mais avec des conséquences entre mon mari et moi

– Que s’est-il donc passé ?

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Une fois au lit, Camille pris un somnifère pour s’endormir plus vite. Lui débarrassa, mis le lave-vaisselle en route, passa à la salle de bains, jeta un œil à Pascal et se glissa dans les draps.
Le lendemain au petit-déjeuner qu’ils aimaient prendre ensemble, tout semblait parfaitement harmonieux. Elle était d’humeur joyeuse et dit au revoir à son mari en l’embrassant tendrement avant d’aller chercher le petit qui se réveillait.

Après un yaourt et un biscuit car il ne voulait plus de biberon de lait, elle le papouilla, bichonna et l’habilla. Jouant dans son parc elle s’activa à ranger la maison et lança une machine de linge. Elle ne pensait pas à ce qu’elle faisait car l’automatisme des tâches quotidiennes s’en chargeait ainsi tout son cerveau réfléchissait à la lettre qu’elle allait écrire.

Pascal était un gentil petit bonhomme de dix mois et elle n’eut aucune difficulté à le coucher pour la sieste du matin. Puis, assise à son bureau, pris une feuille blanche et sortit son stylo à encre Waterman car se dit-elle les courriers personnels importants doivent être rédigés à la plume.

Lorsqu’elle commença à tracer les premières lettres de sa future missive son cœur se mit à battre si fort qu’elle eut peur de sa décision. Elle respira profondément et continua.

” Béa,
Ne devrais-je pas dire “Sainte Béa” ?  Cela serait plus approprié compte tenu de ta générosité envers ton frère Maxens qui n’a pas les moyens de se payer sa fête d’anniversaire. Tu le considères vraiment comme un pauvre type qui a quarante ans n’a pas assez d’argent au point que sa sœur soit obligée de lui offrir des festivités en invitant tous ses copains. Je tiens à te signaler que nous avions pris ensemble la décision de ne rien faire cette année.
Là, je te reconnais. Tu es celle qui apporte le trouble dans notre couple en voulant prendre ma place et réduire à ta merci mon mari. Il a accepté ta proposition. Je ne l’accepte pas.
Bien à toi”
Camille”

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Elle regarda son professeur et lui expliqua qu’elle avait envoyé la lettre à sa belle-sœur sans rien dire à son mari car il n’aurait jamais consenti à un tel débordement.

– Y-a-t-il eu des conséquences ?

– Bien entendu. Le courrier est arrivé le jour où sa mère était présente.

– Et votre mari ne savait toujours rien ?

– Non, il l’apprit une semaine plus tard.

– Voyez-vous écrire est toujours un acte à conséquence, sinon on se voit, on téléphone. J’ai beaucoup étudier le rôle de la lettre en dehors de celles de Madame de Sévigné. Mon intérêt allait plutôt vers celle que reçoit le soldat au front, qu’elle soit de la famille ou de sa femme, laquelle en la lisant lui donne envie de continuer à vivre pour retrouver les siens. Aussi, celle qu’attend le cœur battant la future fiancée alors qu’elle découvrira une décision de rupture et se suicidera par amour. On peut apprendre le décès d’un être très cher, une expulsion, un avis d’héritage, etc. Qu’elles ont été les suites de la vôtre ?

– Foudroyantes. Mon mari était resté à son cabinet le midi car il n’avait pas de visites urgentes à faire. Ce jour là sa mère lui téléphona pour lui divulguer ce que j’avais fait en insistant qu’elle avait assisté à la décomposition de sa fille au fur et à mesure qu’elle découvrait les mots offensants et injustes que je lui avait écrits.
Le soir lorsqu’il rentra à la maison Maxens n’était plus le même. Son regard était plein de haine comme s’il avait envie de me battre. La sanction tomba comme un couperet.

– Cela s’est arrangé avec le temps ?

– Non.

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– Qu’as-tu fait, hurla Maxens. Ces mots irrévérencieux que tu as écrits à ma sœur sont intolérables. Tout cela derrière mon dos pour mieux me ridiculiser. Te rends tu comptes au moins de ton acte ? Pour couronner le tout ma mère était présente. Tes horreurs ont fait souffrir les êtres les plus chers de ma famille.

– Je ne voulais pas te faire de mal seulement remettre les choses à leur place. Elle n’avait pas le droit de décider à notre place.

– Pourquoi tu ne me l’as tu pas dit lorsque je t’en ai parlé ? Je compte pour le chien, moi. Je ne suis qu’un pantin dans ta vie ?

– Maxens, je t’en prie, comprends moi, j’attendais que tu refuses de toi même.

Les larmes coulaient sur les joues en feux de Camille alors qu’il quittait la pièce sans un mot de plus pour se réfugier dans la chambre d’amis et ne plus la voir.

Elle mit au frigo le dîner intacte et alla se coucher sans même s’arrêter pour voir Pascal dormir et l’embrasser.

Allongée, elle commençait à réaliser qu’elle avait écrit sa propre lettre de rupture.

Pascal se réveilla très tôt. Elle alla le chercher et l’installa avec elle dans son lit en attendant le petit-déjeuner qui n’était que dans une heure. La nuit avait été difficile. Cinquante mille fois elle se demanda pourquoi elle avait frappé si fort et la même réponse revenait en boucle, pour lui faire comprendre qu’elle n’était pas la patronne. Mais voilà, Maxens avait accepté et elle n’avait rien dit par lâcheté. Elle s’en voulait.

Au petit-déjeuner pas de Maxens. On pouvait l’entendre se préparer. Puis la porte claquée. Il était parti.

Elle téléphona à sa meilleure amie pour lui demander si elle pouvait passer la voir au retour de l’école où elle déposait sa fille le matin.

– Bonjour Camille, que se passe-t-il, tu en as une mine ?

– J’ai fait une grosse bêtise.

– Comment ça, explique moi. Tu veux que je te fasse un thé ? Marion posa une tasse bouillante tout en écoutant le récit de ce qui s’était passé la veille.

– Bon, c’est fait. Maintenant il faut essayer de réparer tes conneries. Je ne te comprends pas, tu aurais pu me téléphoner, me parler de cette lettre avant de l’envoyer. Tu sais parfois à deux on arrive à désamorcer une bombe car c’en est une.

– Tu sais bien qu’elle se mêle de tout et que je ne le supporte pas.

– Oui, mais quand même c’est ton couple, tu l’aimes Maxens, tu me le dis tout le temps et tu sais comment il est avec sa famille, elle est sacrée et toi tu balances des horreurs. C’est un peu normal qu’il soit parti sans dire un mot.

– Que faut-il que je fasse maintenant. Comme tu dis, c’est fait et on ne remonte pas le temps. J’ai vraiment peur de le perdre.

– Tu pourrais lui téléphoner pour t’excuser en expliquant que tu regrettes profondément ce que tu as fait sans parler d’elle. Avant votre mariage elle se mêlait déjà de tout, mais ce n’est pas une raison car tu le savais parfaitement.

– Elle minaude dès qu’elle le voit en me faisant bien comprendre que son frère est à elle et secondairement mon mari.

– Tu vois tu recommences. As-tu envie ou non de le récupérer sans trop de casse ?

– Bien sûre que oui. Je lui téléphonerai à l’heure du déjeuner.

Dès que Marion fut partie, elle prit Pascal, l’installa dans sa poussette et alla faire quelques courses chez ses commerçants attitrés. Elle avait besoin de changer d’air, de faire le point tout en se demandant si elle aurait le courage de téléphoner. Elle redoutait la réaction de son mari dont le caractère entier ne lui laisserait pas plusieurs choix pour s’expliquer.

Une fois à la maison, elle donna à manger à Pascal qui n’arrêtait pas entre deux cuillerées de lui faire des sourires. Après l’avoir changé et embrassé des milliers de fois elle le coucha pour sa sieste de l’après-midi. Il était treize heures et prit le téléphone.

– Allô, c’est moi, je voulais m’excuser, je regrette ce que j’ai fait. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Ses larmes pouvaient s’entendre dans sa voix.

– Ecoute Camille, là je n’ai pas le temps. On verra cela ce soir.

Lorsqu’elle raccrocha elle pleurait si fort qu’elle s’assied pour mettre sa tête dans ses bras, puis s’endormit. Les petits gazouillis de Pascal la réveillèrent.

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Il était neuf heures du soir et Maxens n’était pas encore rentré. Elle avait ressorti le dîner de la veille, la table était mise avec le plus grand soin. Son cœur battait à rompre et chaque bruit lui semblait amplifié dans ce silence d’attente.

– Bonsoir. Il enleva sa veste, posa sa mallette et se mit à table. Pas de baiser.

– Bonsoir dit-elle timidement comme un enfant qui venait d’être grondé.

– Camille, je ne peux pas continuer à vivre avec toi. J’ai téléphoné à Jean-Louis mon ami avocat pour qu’il m’explique la procédure de divorce. Il t’enverra un courrier. On continuera à habiter ensemble, chacun dans une chambre en attendant de nouvelles dispositions. Pour Pascal, tu en auras la garde car je ne pourrai pas le prendre avec moi compte tenu de mes horaires de fou. En échange tu auras une pension alimentaire. Je te conseille de chercher dès maintenant du travail.

– Ce n’est pas possible. Tu ne me donnes même pas la possibilité de t’expliquer. Je t’ai dit que je regrettais. Laisse moi me défendre au moins.

– Je n’ai rien d’autre à dire. Je vais manger et aller me coucher dans la chambre d’amis.

Camille quitta la table. Elle était anéantie. Lui si aimant venait de lui annoncer qu’il divorçait à cause d’une malheureuse lettre.

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Camille poursuivait son histoire jusqu’à l’annonce du divorce. Son professeur de quinze ans son aîné n’arrivait pas à comprendre l’attitude de son mari et lui demanda si la lettre n’avait pas été un prétexte à une décision qu’il avait peut être déjà prise depuis un moment.

Ils se quittèrent et sortant de sa réserve l’embrassa affectueusement en lui souhaitant de poursuivre avec succès ses études d’histoire de l’art.

– Je vous donne mon numéro de téléphone. Si vous avez besoin d’aide pour la préparation de votre master, n’hésitez pas, c’est avec plaisir que je vous épaulerai.

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Quelques jours après l’annonce du divorce, elle reçut le courrier de l’avocat. Il avait vraiment décidé de divorcer. A ce moment précis elle mis une machine de linge en route en vidant soigneusement les poches du pantalon de son mari qui avait la mauvaise manie de laisser des kleenex qui pourrissent une lessive complète et découvrit un papier de la grandeur d’un post-it sur lequel était griffonné le numéro de téléphone de son amie Marion et une heure de rendez-vous.

Dans ses tempes cognaient les battements de son cœur. En un centième de seconde elle imaginait le pire, une liaison entre son mari et elle. Sa poitrine semblait être dans un étau et sa respiration devenait de plus en plus difficile. Elle essaya de se raisonner en cherchant dans l’annuaire le nom d’un avocat. Elle prit aussitôt une date.

Le déroulement des journées qui suivirent ressemblaient à un cauchemar éveillé. Deux salutations par jour, pas une phrase ne se prononçait, repas séparé, pas de petit-déjeuner pour lui. Marion ne répondait pas au téléphone et se débrouillait pour être le plus invisible possible, ce qui arrangeait Camille qui était déterminée de ne plus la voir tant qu’elle n’avait pas eu son rendez-vous chez Maître Juliani. Elle échafaudait des tas de scenarii mais rien ne collait.

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– Bonjour Maître.

– Bonjour Madame Mirandy. Asseyez-vous. Je sais que vous êtes ici pour une ouverture de dossier de divorce. Pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est passé exactement.

Elle raconta en détail sa vie d’amoureuse avec Maxens puis la lettre. Il lui demanda pourquoi elle l’avait écrite au lieu d’expliquer son désaccord de vive voix à son mari.

– C’est simple, dit-elle, j’en avais assez que ma belle-sœur s’occupe de tout et prenne son frère pour un bon toutou.

– C’est tout ?

– Non, le jour où je vous ai téléphoné j’ai trouvé dans sa poche de son pantalon, rassurez-vous je ne lui fais pas les poches, alors que je le mettais au lavage un papier avec le numéro de téléphone d’une amie et une heure de rendez-vous. Tout de suite j’ai pensé à un adultère.

– Avez-vous contacté votre amie ?

– J’ai essayé mais depuis que mon mari m’a annoncé son intention de divorcer il est impossible de la joindre.

– Avant cela vous aviez des doutes sur sa fidélité ?

– Non.

– Comme vous m’aviez donné le nom de son avocat je l’ai contacté. Nous procéderons à un divorce par consentement mutuel, ce qui ira plus vite. Bien entendu, je demanderai une pension alimentaire pour vous et l’éducation de votre fils car je sais que vous en aurez la garde. Que pensez-vous de cette première approche ?

– Je suis d’accord.

– Merci. Au revoir Maître.

– Au revoir Madame Mirandy. Vous verrez avec ma secrétaire pour le prochain rendez-vous et les honoraires.

Elle alla chercher son petit garçon à la halte garderie et rentra à la maison le cœur plus léger qu’à aller.

Par automatisme elle regarda dans la boîte aux lettres alors qu’elle avait déjà reçu le courrier du matin. Elle y découvrit une lettre avec son prénom, déposée car sans timbre, regarda au dos. Rien.

La poussette une fois rangée et Pascal installé dans sa chaise haute avec un biscuit en attendant l’heure du dîner, elle ouvrit avec angoisse l’enveloppe et déplia une correspondance de son amie Marion.

“Ma chère Amie,

Tu seras très surprise de me lire mais je me devais de te révéler ma rencontre avec Maxens, qu’il a sollicitée le lendemain du coup de téléphone de sa mère suite à la lettre que tu avais envoyée à ta belle-sœur. Tout de suite je tiens à te rassurer que je ne suis pas sa maîtresse mais la seule personne à qui il a pu raconter sa détresse. Il n’a jamais été autant blessé, m’a-t-il dit, et pour sauver son honneur vis-à-vis de sa famille il ne voit qu’une solution, divorcer de celle qui l’a trahi.

Chaque matin en te quittant tôt il venait prendre le petit-déjeuner avec moi pour que nous discutions. Cent fois, mille fois m’a-t-il dit qu’il t’aimait mais que ce n’était plus possible car tu avais bafoué sa confiance. Maxens est un homme très sensible et prisonnier de sa fratrie. Il ne s’en est pas encore émancipé et sa sœur a une grande emprise sur lui.

Tu dois te demander si je l’ai conseillé de ne pas divorcer ? Oui, bien sûre. Pour l’instant il ne veut rien entendre. Il raisonne comme un gentilhomme du XIXème.

Ma très chère Camille, avec ce courrier tu dois mieux comprendre mon silence qui ne sera plus, maintenant. Je suis prête à t’épauler, à t’aider. Tu es l’amie la plus merveilleuse qui soit.

Je t’embrasse de toute mon affection.

Marion”

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Epilogue

Après le divorce par consentement mutuel, Camille resta dans la maison de Châteauneuf s/Loire avec son fils et Maxens s’installa au rez-de-chaussée de la maison de ses parents ce qui lui convenait parfaitement pour recevoir Pascal car il avait décidé de faire de plus en plus de visites en milieu rural.

Seize ans plus tard Camille exerçait le métier de guide-conférencière. Maxens était toujours généraliste mais partait trois mois de l’année pour des missions humanitaires. Ils ne s’étaient remariés ni l’un ni l’autre. Après leur séparation ils engagèrent une relation épistolaire. Ils s’écrivaient de plus en plus fréquemment et leurs correspondances devenaient vitales. Puis, lorsque Maxens commença ses voyages vers les pays de l’Afrique noire ou en Moldavie, Internet pris le relais des missives écrites à la plume. Chaque soir, séparés mais conjointement, ils consultaient leur boîte mails dans laquelle leurs lettres enflammées les attendaient. Leur amour était resté intact.

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