Marie-Lyse – Nouvelle / – de 16 ans interdit

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– Tu te souviens de cette phrase “avec une femme il n’y a pas de problème d’érection” ?

– Oui. Il y a presque dix ans de cela.

Les deux amies ne s’étaient jamais quittées depuis leur première rencontre alors qu’elles avaient vingt cinq ans. Elles venaient de fêter leur soixante dix ans trois mois plus tôt. Fallait-il qu’elles se comprennent car leur amitié avait résisté à l’éloignement. Leurs correspondances, le téléphone puis plus tard les textos avaient comblé le manque de visites.

Elles étaient toutes les deux exubérantes bien que Romane ait une certaine timidité ressemblant à de la pudeur. S’il fallait la décrire un seul mot suffirait. De la pureté. Cette petite bonne femme de soixante dix ans aujourd’hui avait gardé toute sa jeunesse qu’elle offrait à une multitude de gens qui vivait dans son quartier. Sans enfants, elle avait fait plusieurs fois le tour du monde avant de s’installer à l’île Saint Louis dans un studio reçu de sa tante Maria qui l’avait hérité d’un amant. Disons que la superficie de son unique pièce très haute de plafond correspondait à un appartement de 70 m2, ce qui est impossible à trouver aujourd’hui, même en faisant appel à ces jeux de téléréalité où une équipe recherche pour des téléspectateurs candidats la perle rare à moindre prix.

Joséphine, physiquement, était le contraire de Romane. De taille moyenne mais d’allure élancée, elle n’avait aucun complexe exprimé. Toutes les deux portaient avec fierté depuis qu’elles étaient entrées dans la case senior une chevelure blanche parfaitement soignée dont la coupe courte pour l’une et carré pour l’autre, était régulièrement rectifiée. En choeur elles déclamaient “à bas les teintures, elles ne nous rendront ni plus jeunes, ni plus belles”. Leur complicité durait depuis quarante ans.

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Romane pressait l’épaule de son amie.

– Tu l’aimais. Je suis avec toi, tu sais. Je te protégerai.

– Je sais tout ça, mais c’est allé trop vite. Deux mois seulement. Son cancer était impossible à guérir car on soigne difficilement l’intestin. Elle ne buvait pas. Ne fumait pas sauf deux cigarettes lorsque nous prenions notre café ensemble, cérémonialement, le matin à dix heures. Je l’ai tellement adorée.

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Joséphine avait rencontré Marie-Lyse lors du décès de son mari, alors qu’elle se rendait aux pompes funèbres, un jour d’automne.

– Bonjour Madame.

– Bonjour, mon mari est mort et j’aimerais que vous vous occupiez de tout car je n’en ai pas la force. Mes enfants arrivent du Venezuela demain soir. La rapidité de sa parole démontrait une angoisse mal contenue.

– Bien sûr. Asseyez-vous. Je termine avec cette personne et je suis à vous.

Joséphine regarda la femme qui signait des papiers. Son visage lui disait quelque chose sans pour autant pouvoir l’identifier. Lorsqu’elle eut fini, se dirigeant vers la sortie elle la reconnut.

– Mais, nous nous connaissons. Il y a environ cinq ans, vous habitiez dans l’immeuble où j’ai un appartement à la location. Je n’ose vous demander …

– Ma mère ; elle était très âgée, 93 ans et encore chez elle. Elle est partie dans son sommeil. Les obsèques ont lieu après demain, au cimetière Saint Jean. Et vous ?

– Mon mari. Un anévrisme abdominal. Foudroyant.

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Les deux amies de toujours continuaient à parler.

– La vie peut être terrifiante et salutaire en même temps. Quand Charles est décédé tu ne pensais pas pouvoir vivre sans lui. Pourtant plusieurs mois après , ta nouvelle vie se mettait en marche. Votre amour a été plus fort que tout. Cela tu l’as vécu.

– Tu as raison. J’ai eu la chance de connaître Marie-Lyse, de recevoir son amour chaque jour et de lui offrir le mien jusqu’à la fin. Je me souviens de notre vraie rencontre improbable, c’était il y a exactement neuf ans, j’avais soixante ans, presqu’un an après la disparition de Charles. J’étais à Décathlon, je voulais me mettre au sport et donc acheter des baskets.

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Joséphine était alors à la découverte de tous les rayons qu’elle n’avait jamais fréquentés et s’arrêta devant des milliers de baskets dont les performances étaient décrites pour chaque modèle. Sans aucune conviction elle demanda au vendeur qui était à proximité.

– Vous avez la pointure 38 car je ne la trouve pas ?

– Oui, regardez, là, vous les avez en rose, vert pomme ou blanc. Le jeune homme grand et bien bâti avait tout d’un pro de la basket.

– Tenez, essayez-les et dîtes moi si elles vous sont confortables.

Une autre cliente l’interpella brièvement.

– Excusez-moi, lorsque vous aurez terminé j’aimerais voir pour des chaussures de golf.

Lorsqu’elle leva les yeux elles reconnut Marie-Lyse. Ses yeux étaient plus bleus que jamais et son sourire l’invitait à le partager.

– Ca fait à peu près un an, n’est ce pas ? Vous arrivez à vous remettre de toutes ces épreuves ?

– C’est difficile. Charles m’apportait beaucoup et nous étions mariés depuis trente ans. J’y pense chaque jour. Et vous, cela ne fait pas un trop grand vide sans votre mère ?

– Bien sûr j’ai un manque. Elle était très présente dans ma vie car je n’ai pas eu d’enfants et ma compagne m’a quittée trois mois après, aussi suite à un cancer.

Elles continuèrent à parler un moment. Puis Marie-Lyse proposa naturellement.

– Accepteriez-vous de venir boire une tasse de thé à la maison ? Cela me ferait très plaisir et nous pourrions discuter dans un cadre plus agréable qu’ici.

– Oui, avec plaisir. Quand voulez-vous ?

– Ce week-end je ne suis pas là mais après je ne bouge plus pendant trois semaines. Jeudi ce serait bien.

– D’accord pour jeudi. J’apporterai un goûter.

Marie-Lyse était aussi une seniore débutante sans teinture et très à l’aise dans son approche. Assez grande et mince son corps illustrait parfaitement la femme sportive et dynamique.

Joséphine passa à la caisse pour payer ses nouvelles baskets puis rentra chez elle en voiture tout en pensant à sa rencontre.

Le soir même elle décida d’appeler Romane pour tout lui raconter, mais pas exactement. Elle tut l’émotion que lui avait procurée cette femme.

Le jeudi du rendez-vous, elle prit une douche plus longue qu’à l’habitude, se fit un soin du cheveu et disciplina sa coiffure avec une brosse soufflante. Elle avait envie d’être belle pour prendre le thé. Comme elle avait proposé d’apporter un goûter, elle se rendit chez Lac, un chocolatier-pâtissier dont les gâteaux sont à se damner et attendit l’heure du rendez-vous tout en rangeant quelques papiers dans son bureau.

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En sortant du cimetière les deux amies, fatiguées, dirent au revoir aux quelques personnes présentes et décidèrent de prendre un café sur la place. Les enfants de Joséphine n’étaient pas venus car ils ne connaissaient pas le lien amoureux qui unissait leur mère à Marie-Lyse. Elle avait préféré cacher son amour pendant neuf ans, ce qui n’avait pas été si difficile vu qu’ils vivaient tous les deux à l’autre bout du monde. Ses petits-enfants venaient pendant les grandes vacances dans sa maison de campagne et lorsque Marie-Lyse lui rendait visite, à leurs yeux seule une grande amitié les liait.

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L’heure était enfin arrivée. Elle sonna à l’interphone.

– Oui.

– C’est Joséphine. Elle entendit le déverrouillage de la porte et la poussa.

– C’est au sixième étage, palier gauche.

Elle entendit les battements de son cœur sans comprendre ce qui se passait. N’était-ce pas une simple invitation à une tasse de thé ? Elle pressa le bouton de l’ascenseur. En sortant elle vit Marie-Lyse qui l’attendait sur le pas de la porte.

– Bonjour Joséphine. Ca va, vous avez trouvé facilement ?

– Comme vous le savez je connais bien l’immeuble.

– Donnez-moi votre veste et asseyez-vous. J’étais en train de faire chauffer l’eau. Tous mes thés sont en vrac. Lequel aimeriez-vous ? J’ai du thé très légèrement fumé, c’est celui que je bois l’après-midi, mais aussi du Ceylan qu’un ami m’a ramené il y a un mois au retour de son voyage là-bas. Bien sûr, j’ai aussi du thé vert mais aucun Earl Grey car je l’ai en horreur.

– Plutôt un thé fumé, cela me rappelle la première fois que je l’ai découvert lors d’un petit-déjeuner place Vendôme avec mon mari. Nous aimions nous offrir des petits-déjeuners dans des lieux magiques, comme le Ritz.

– Je prépare tout cela.

– Tenez, je vous donne ceci.

– Oh, de chez Lac. J’adore leurs pâtisseries. Merci.

Joséphine découvrait l’univers de cette femme qu’elle connaissait peu. Les murs étaient tapissés de cadres dans lesquels on pouvait voir des peintures du XIXème, des lithographies du XXème, des affiches d’expositions présentées dans les grandes métropoles (Henry Moore à Londres, Le Tintoret à Venise,Velasquez à Séville, Gauguin à New-York, Rembrandt à Amsterdam, etc.). Le salon était vaste mais très encombré d’objets de toute sorte (un chevalet sur lequel était exposée une peinture abstraite récente, des sculptures représentant des bustes d’hommes et de femmes nus, des ombrelles accrochées à un perroquet, plusieurs sacs de golf…). Puis deux autres murs avaient été aménagés en bibliothèque. Des milliers de livres. arts, romans, revues, dictionnaires, bibles, etc… En regardant avec un peu plus d’insistance, Joséphine découvrit quelques titres érotiques.

– Ah, vous regardez tout mon bazar. Voilà des années que je me dis qu’il serait temps de faire un peu de tri. Mais voyez-vous ce sont mes humains à moi. Je n’ai plus de famille. Ma mère était fille unique, mon père également et je le suis aussi. Alors me voici entourée de toutes ces choses. Il est vrai que j’en ai récupéré de chez ma mère. Ce petit sofa par exemple, très pratique évidemment, mais dont je n’ai que faire. Cette table art-déco est en trop. Le rocking chair venant directement de l’Alabama aussi. Et vous Joséphine, depuis que vous vivez seule votre appartement ne vous semble pas trop grand ? Vous m’avez dit que vos enfants étaient installés au Venezuela, c’est cela ?

– Oui, cela fait cinq ans.

– Ils ne vous manquent pas trop ?

– Je leur ai rendu visite une seule fois et eux sont venus à Noël dernier avec les enfants. Deux garçons, dix et six.

– Vous en avez de la chance d’avoir une descendance. Un grand soupir s’en suivit.

Marie-Lyse apporta un plateau d’une grande beauté, en écaille blond, dont la transparence apportait une élégance inhabituelle à cet objet usuel.

Le thé infusait dans une théière chinoise en terre puis ensuite fut versé à l’aide d’une passoire en argent art déco dans des tasses en porcelaine dont la finesse ressemblait à du cristal de roche creusé. De petites assiettes bleu saphir à bord doré étaient posées sur l’immense table qui semblait petite car encombrée de plusieurs piles de magazines d’art, d’hebdomadaires d’actualité et de journaux.

Joséphine paraissait gênée. Elle se cantonnait à ses amies de toujours et de faire de nouvelles rencontres n’était pas dans ses habitudes. La solitude ne la pesait pas vraiment.

– Vous avez de la famille   ici ?

– Oui.

– De votre mari ?

– Voilà c’est cela. Je n’ose pas vous retourner la question car vous m’avez dit que vous étiez le seul enfant de parents qui étaient enfants uniques également.

– Vous savez lorsqu’on a une famille très réduite on s’en crée une autre, c’est ce que j’ai fait. Malheureusement tous mes amis vivent aux quatre coins du monde. Cela m’a permis de beaucoup voyager mais je n’en ai plus envie depuis que mon amie est décédée.

– Vous étiez ensemble depuis longtemps ?

– Nous avons vécu maritalement pendant vingt ans.

Marie-Lyse se leva et alla chercher un cadre en argent de style art nouveau dont les libellules semblaient réelles qui se trouvait sur un guéridon.

– C’est elle. Là nous sommes justement au Venezuela, comme vos enfants aujourd’hui. C’était un voyage que nous avions préparé pendant six mois au moins.

Elle s’approcha un peu plus de son invitée pour décrire le paysage qu’il y avait sur la photo, ce qui la fit s’éloigner très légèrement. Elles burent une gorgée de thé, puis entamèrent un petit gâteau au chocolat et caramel beurre salé. Quel délice prononcèrent-elles en choeur. Elles rirent.

– Je suis désolée mais je dois vous quitter car mon fils doit appeler et avec le décalage horaire il est proche de midi et les enfants rentrent de l’école ce qui me permet d’avoir tout le monde au téléphone.

– Je vous en prie. J’ai été très heureuse que vous soyiez venue. Aimez-vous les vernissages ?

– Oui, beaucoup, l’art est une seconde peau pour moi.

– Et bien je vous appelle car je reçois souvent des invitations.

Joséphine récupéra sa veste et quitta l’appartement. Marie-Lyse appela l’ascenseur.

Une fois à l’extérieur ses joues se mirent à rougir et une sensation de feu l’envahit. Elle se sentait confuse car aucun coup de fil ne l’attendait à la maison. Pourquoi ai-je menti se demanda-t-elle ?

La demi-heure de marche qu’elle fit lentement pour rentrer chez elle lui permit de reprendre ses esprits quelque peu troublés. Elle ne voulait pas s’avouer que Marie-Lyse ne lui était pas indifférente mais repoussa aussitôt cette idée.

Contrairement à ses habitudes elle ne téléphona pas à son amie Romane. Dîna frugalement et se mit au lit.

Dans le noir de sa chambre, à l’intérieur de ses draps frais changés le matin même, elle ne pensait qu’à cette femme, ses yeux bleus sans fards, sa bouche parfaitement dessinée et son sourire malicieux. Effrayée par ses propres envies d’amour, elle se releva pour prendre un verre d’eau pétillante avec un peu de sirop de cassis, se recoucha honteuse d’avoir eu des pulsions sexuelles qui n’étaient plus de son âge. Elle dormit jusqu’au très tôt petit matin.

Dès que le jour se leva ses envies se dissipèrent mais le copieux petit-déjeuner qu’elle avala ressemblait à une fringale d’amoureuse. Elle s’en fit la remarque et décida d’appeler sa nouvelle amie dès neuf heures. Une panique la saisissait car il lui fallait trouver un stratagème. Dois-je en inventer un, se dit-elle ?

Elle composa le numéro de téléphone mais une voix inconnue répondit.

– Oui.

– Je ne suis pas chez Mademoiselle Arvouët ?

– Si, mais elle est sortie, elle revient d’ici une heure. Est ce que je dois lui laisser un message ?

– Oui, s’il vous plait. Dîtes lui que Joséphine a appelé.

Lorsqu’elle raccrocha, une peur s’empara d’elle. Qu’allait-elle lui raconter. Evidemment la bienséance veut qu’on remercie l’invitation de la veille. Mais elle ne serait pas dupe.

Joséphine prit une douche encore plus longue que le jour de son rendez-vous, décida de s’enduire d’une crème adoucissante parfumée à la verveine et s’enveloppa d’un peignoir, cadeau de son défunt mari. Une fois dans son salon elle regarda l’heure. Elle pouvait à nouveau téléphoner. Son coeur s’emballait et une chaleur montait à l’intérieur de ses cuisses.

– Allo, Marie-Lyse ?

– Oui. Ah, bonjour Joséphine, justement je pensais à vous. Avez-vous bien dormi car moi pas du tout, je n’ai pas arrêté de tourner comme un petit chien qui cherche sa place.

– Et bien moi non plus.

– Ce n’est pas le thé quand même ?

– Non. Elle devenait hésitante, plus aucun mot ne sortait de sa bouche.

– Que diriez-vous d’une ballade au parc avant le déjeuner ? Nous pourrions même prendre un petit quelque chose dehors.

– Quelle bonne idée. D’accord. Rendez-vous directement à l’entrée du parc, alors.

Ses baskets étant appropriées, Joséphine les chaussa, pris une veste de jogging couleur taupe et une petite écharpe rouge en cas de vent. Elle était radieuse, heureuse. En arrivant elle fit la bise à Marie-Lyse.

– Bonjour Joséphine. Nous en avons de la chance avec ce temps doux et ensoleillé. Ah, vous avez mis vos nouvelles baskets, dans ce cas pourquoi ne pas courir en petite foulée, cela nous ferait un bien immense.

– Super. Allez en piste !

Elles coururent côte à côte, sans affolement, tout en discutant. Puis Marie-Lyse proposa à Joséphine de prendre le café chez elle après le snack.

Elles commandèrent un croque Madame, non par féminisme mais l’oeuf au plat posé dessus leur plaisait, accompagnée d’une eau minérale. Pas de café comme décidé.

Marie-Lyse ouvrit les trois verrous de la porte de son appartement sous le regard très pétillant de son amie.

– Vous voulez utiliser la salle de bains ? proposa-t-elle.

– Surtout les toilettes. Je n’en peux plus.

– C’est au fond du couloir à droite et la salle de bain est en face, donc à gauche.

Joséphine contrairement à la veille se sentait à l’aise, presque prête à prendre un bain, ce qu’elle demanda à son hôtesse.

– Vous avez raison, après le sport il faut savoir se détendre. Vous avez des serviettes dans le placard à côté de la baignoire.

Elle ne ferma pas la porte, se dévêtit pendant que l’eau coulait à gros débit par le bec large du robinet qui était très ancien. La baignoire fut rapidement remplie. Elle se glissa dans l’eau.

Quelques minutes s’écoulèrent lorsqu’elle entendit des pas devant la porte qui n’était pas close. Marie-Lyse frappa avec une grande délicatesse.

– Oui, tu peux entrer. Je peux dire “Tu” ?

– Bien sûr.

– Les années n’ont pas abîmé ton corps qui est très appétissant. Tu me disais que le sport n’était pas pour toi. Alors comment fais-tu ?

– Je fais des séances de thalassothérapie et les massages me font le plus grand bien. Puis je m’enduis de crème raffermissante.

– Beau résultat. Elle s’approcha pour poser sa main sur son épaule pour mieux sentir la douceur de sa peau.

– Quel velours !

– Tu peux me rejoindre si tu veux, dit-elle d’une voix déjà extasiée.

Enlevant ses vêtements avec grâce, nue, elle se glissa dans le bain, son dos contre la poitrine de Joséphine dont le visage était écarlate. En sentant le bout de ses seins très durs elle décida de les caresser par un mouvements du dos de gauche à droite. Le silence était total. Joséphine mis ses bras autour de la taille de Marie-Lyse. Leurs mains entamèrent un ballet de caresses plein de désirs. Elles savaient où leur point G se situait. Leur chatte s’ouvrait et leurs doigts s’engouffraient à l’intérieur pour mieux se sentir. Des soupirs de plaisir intense retentissaient. Leur respiration se faisait de plus en plus haletante, lorsqu’elles jouirent ensemble.

Rassasiées, elles se laissèrent aller, la tête l’une contre l’autre.

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Installées au café, Romane demanda à son amie de toujours pourquoi elle ne lui avait rien dit au début de leur liaison.

– C’est simple, j’avais honte. Je ne suis pas une homosexuelle. C’est la providence qui m’a embarquée dans cette histoire d’amour. Après notre premier coït dans le bain dont l’intensité avait été au-delà de ce que j’avais vécu avant, notre relation n’a pas du tout été basée sur le sexe. Il en faisait partie, quelquefois, mais j’étais surtout attirée par son intelligence et la façon dont elle vivait sa vie. Et cela était réciproque. Te souviens tu lorsque je t’ai parlé d’elle, trois mois s’étaient déjà écoulés.

– Parfaitement. C’était suite à une émission de télévision sur le partage d’appartements entre femmes seules seniores pour payer moins de frais fixes. Mais tu continuais quand même tes débats amoureux avec elle, alors que tu aurais pu rechercher un homme.

– Je n’ai jamais pensé me remettre avec un homme après la mort de Charles. Aucun n’aurait pu le remplacer. C’est peut-être pour cela que je me suis laissée aller avec une femme. De plus, comme je te le disais tout à l’heure, pour se procurer du plaisir on n’a pas besoin de queue en érection.

– Là je suis d’accord avec toi. Mon seul et unique compagnon d’amour avait ce problème avant de me quitter suite à une crise cardiaque, à l’âge de soixante ans. Je n’avais pas besoin de faire l’amour par pénétration mais il insistait, malheureusement sans aboutissement. D’ailleurs je souffrais pour lui.

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Joséphine ne raconta pas tous les moments amoureux sublimes qu’elles vécurent ensemble. Notamment lorsqu’elles restèrent deux nuits à Las Vegas, à la fin d’un périple d’un mois aux Etats Unis.

Après leur installation à l’hôtel Venetien sélectionné grâce à une super promo, elles décidèrent d’aller à la découverte du Strip, grand boulevard central où se trouvent tous les casinos et le célèbre Caesar Palace. En arpentant le macadam sous quarante degrés, des tas de gogos distribuaient des prospectus en tout genre (excursions, locations de limousine, vols en hélicoptère, croisières sur le Grand Canyon, visite chez les indiens et soirées coquines). Las Vegas étant le paradis du jeu, elles entrèrent au hasard au New York, mais avant de mettre leur dévolu sur une de ces machines à sous clignotantes de mille feux, elles préférèrent le bar pour un cocktail bien corsé, en parcourant avec amusement toutes les publicités qu’elles avaient récoltées.

– Regarde, dit Marie-Lyse, une soirée coquine, et si on osait ?

Toutes deux parlaient un anglais sans faille ayant travaillé l’une dans la finance à l’international et l’autre dans le tourisme d’affaires.

– Tu crois. Ca risque d’être porno, non ? ou bien dangereux.

– Ecoute, on peut téléphoner pour savoir comment ça se passe.

– Ok. Marie-Lyse contacta la personne en question. Joséphine, entendait des tas de “alright” avant qu’elle ne raccroche.

– Alors ?

– Et bien c’est très simple. L’animation, comme elle m’a dit, se fait directement dans notre chambre. On peut recevoir une ou deux personnes, mâle ou femelle, au choix. Ca peut être un homme ou une femme qui s’occuperait de nous deux ou bien les deux. Le prix varie selon le nombre. Qu’en dis-tu ?

– Je pense qu’à soixante et un ans on peut s’offrir un délire sexuel.

Devenant complètement débridée et décomplexée, Joséphine avait des envies qui ne lui ressemblaient pas du tout. Son corps vieilli mais entretenu ne lui faisait plus peur du tout depuis qu’elle était avec son amante et venait de décider de vivre des plaisirs charnels inédits.

– D’accord. Mais on commande qui et combien ?

– Je propose un homme et une femme. As-tu déjà essayé avec un homme, demanda-t-elle à son amie.

– Jamais vraiment. Une courte expérience quand j’avais dix-sept ans. Rien de spécial.

– C’est le moment de la renouveler.

– Allez je téléphone pour avoir les deux sexes.

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– Je vais te dire ce que je pensais à l’époque, murmura Romane. Il y a prescription mais vois-tu j’étais jalouse de cette autre femme. Dieu soit loué que tu ne m’aies rien dit de vos caresses car je ne l’aurais pas supporté. Au début je subissais tout cela avec beaucoup de souffrance puis tu m’as démontré qu’elle ne me remplacerait jamais. Je t’en remercie encore aujourd’hui. J’ai eu longtemps un doute sur le fondé de votre relation, puis j’ai compris que tu l’aimais. Cela ne me plaisait pas. Je m’efforçais à respecter ton choix.

Joséphine écoutait religieusement. Elle se sentait égoïste de ne pas avoir vu sa peine. Elle la prit dans ses bras et lui dit avec émotion qu’elle n’avait jamais cessé de l’aimer car l’amitié c’est aussi de l’amour.

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– Allo, nous avons discuté tout à l’heure pour une animation en chambre.

– Oui. Qu’avez-vous choisi ?

– Et bien nous avons décidé avec mon amie de faire venir deux personnes de sexe opposé.

– Parfait. Avez-vous des envies spécifiques, sado-maso, écolière, infirmière, docteur, maîtresse d’école, policier, grutier, une couleur de peau plutôt qu’une autre (noire, blanche, jaune, typée).

– Oui. Pour l’homme un noir et pour la femme une blanche non typée.

– Ok. Vous recevrez donc la visite de Mick et Deborah ce soir vers minuit. Par sécurité pour nos clients ils vous montreront leur ordre de mission. Vous me donnez vos références de carte bleue, s’il vous plaît.

Une fois le paiement réglé, Marie-lyse montra un regard plein de frayeur.

– Tu sais, je n’ai jamais fait un truc pareil et j’ai peur de me déshabiller devant des inconnus. Et toi, comment tu te sens ?

– Très excitée car cela est un de mes fantasmes depuis toujours. Avec mon mari nous étions très conventionnels. Il y eut une période de films pornos qui nous émoustillaient mais je m’en suis vite lassée au point de ne plus vouloir les regarder. Mais là, en live, cela commence à me plaire sérieusement et je ne pense pas que nous tombions dans la dépendance sexuelle. Allons dîner maintenant.

A Las Vegas la spécialité culinaire sont les buffets gigantesques dont le plus connu est celui de fruits de mer à volonté. Huîtres, King legs de crabes, scampi, moules énormes, saumon et poissons préparés de mille façons, etc. L’Amérique dans toute sa démesure. Les deux amies dégustèrent sans se parler. Une vraie inquiétude flottait entre elles. Soudain Joséphine prit la parole.

– On peut décommander même si c’est payé. On aura perdu quelques dollars c’est tout. Cela vaut mieux que de faire les choses à contre cœur.

– Tu as raison. Je ne me sens pas du tout. J’en avais envie quand on en a parlé, mais maintenant je recule.

– Allez j’annule.

Soulagées, l’atmosphère changea immédiatement. Les deux amies n’arrêtaient plus de parler, de manger, de trinquer et de re-trinquer. D’évoquer leur fabuleux voyage d’un mois qui se terminait après demain. Et surtout elles revivaient avec des mots tendres leur premier bain ensemble, il y avait de cela déjà un an.

Après avoir joué, misé, espéré gagner puis re-joué et finalement tout perdre, elles regagnèrent leur chambre au petit matin, harassées. Elles s’écroulèrent toute habillées sur leur lit king size.

Au réveil, elles se dévêtirent avec grâce puis se blottirent l’une sur l’autre, nues, sans aucune gêne, avec tendresse. L’amour avec un grand A avait remplacé leurs projets d’orgies. Elles se chuchotaient à l’oreille des mots qui donnent envie, puis petit à petit ceux-ci ne suffisant plus à leur plaisir, la bouche de Marie-Lyse commença à distribuer des baisers de gauche à droite en descendant le long du corps de son amie pour atteindre le sublime triangle d’or. Sentant le souffle de son amante s’accélérer au fur et à mesure qu’elle s’en approchait, elle se décida à lui écarter ses lèvres intimes pour donner, tel un chat, quelques coups de langues à son clitoris. Elle dominait la situation et attendait qu’elle jouisse encore plus profondément qu’à l’habitude. Joséphine dont le sexe mouillé témoignait du plaisir que cela lui procurait, émit un cri de contentement sublimé. Marie-Lyse ne voulut aucune caresses en échange, seulement des baisers doux et aimants.

Puis fusionnellement sombrèrent dans un sommeil des plus profonds.

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Avant de quitter Las Vegas pour finir les dollars qui leur restaient elles prirent un taxi pour se rendre au Outlet des marques tels que Burburry, Cerruti, Dior, Chanel et d’autres. Leurs achats furent rapides car elles avaient décidé de se coucher tôt, leur avion décollant aux aurores.

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Une fois leur chocolat et café bus, Joséphine demanda à Romane qui habitait chez elle le temps des funérailles si elle pouvait prolonger de quelques jours avant de rentrer sur Paris. Elle accepta de rester jusqu’au surlendemain car elle se rendait compte que son amie se trouvait dans un désœuvrement total.

– Et si tu venais avec moi à Paris, nous pourrions ensuite aller voir mon frère à Londres. Cela te ferait beaucoup de bien.

Soudain le visage de Joséphine s’anima à nouveau. Comme elle aimait sa Romane. Sans elle rien ne serait possible. Installées sur le Sofa de couleur tabac et calées par les coussins aux couleurs basques, rouge et vert, achetés lors d’un de leur dernier voyage à Biarritz, elles posèrent l’ordinateur sur la table du salon pour consulter les horaires au départ de Fréjus. Plusieurs clics suffirent pour confirmer l’achat des billets. Romane lança.

– Pour le retour tu verras plus tard.

Joséphine se souvint que son amie aimait boire un thé vert l’après-midi. Elle se leva pour le préparer. Tous ces gestes lui rappelèrent sa première tasse de thé chez Marie-Lyse, il y a neuf ans. Alors, elle ferma la porte de la cuisine pour mieux cacher ses larmes.

Ne voyant pas son amie revenir, Romane demanda d’une voix plus forte qu’à l’ordinaire si elle avait besoin d’aide. Puis la porte s’ouvrit.

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A son retour de Paris Joséphine se décida enfin à retourner dans l’appartement de Marie-Lyse. Dès qu’elle prit l’ascenseur son cœur bâtit la chamade. Elle ouvrit les trois verrous et pénétra dans l’appartement qu’elle avait laissé le jour où son amie avait été transportée à l’hôpital en soins intensifs. Tout y était. Le plaid sur le canapé pour qu’elle n’ait pas froid. Le petit bloc de papier à lettres où elle aimait tant noter des infos récoltées à la télévision ou à la radio. Son fauteuil médicalisé.

Elle l’avait accompagnée pendant ses deux mois de souffrance. Ne l’avait pas quittée une seule journée. Lorsque l’infirmière venait, elle s’autorisait à descendre acheter le pain et trois minis viennoiseries car c’était la seule chose qu’elle arrivait encore à manger.

Tout cela lui revenait en mémoire. Comment vais-je pouvoir vivre sans elle, se disait-elle ? Elle alla dans la chambre, s’allongea en pensant à leurs longues discussions qui parfois suivaient leurs quelques rares ébats amoureux, ouvrit le tiroir de la table de nuit pour saisir le pistolet que Marie-Lyse gardait près d’elle au cas ou un voleur pénétrerait dans l’appartement, comme elle aimait le lui dire et s’endormit.

A trois heures du matin, elle se réveilla et tira.

 

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